s'abonnerMonde Inconnu : Selon vous, le réchauffement climatique est-il uniquement dû aux gaz à effet de serre ? Y a t-il une part d'évolution naturelle de notre planète ? Serge Planton : Le changement climatique que l'on constate depuis le début du 20ème siècle n'est pas uniquement dû aux gaz à effet de serre. D'autres sources naturelles d'évolution du climat (variabilité interne au système climatique, variabilité solaire, volcanisme) interviennent aussi dans les évolutions du climat récent. Cependant, la synthèse des études faites pour évaluer l'importance relative des différentes causes permet de conclure qu'il est très probable que l'essentiel du réchauffement observé depuis le milieu du 20ème siècle soit bien attribuable à l'augmentation de la concentration des gaz à effet de serre d'origine humaine. Laurent Terray : Dans le jargon des climatologues, c'est ce que nous appelons les études de détection et d'attribution (DA) des causes du changement climatique. En effet, la seule constatation d’une corrélation entre les tendances à long terme du réchauffement climatique et celle de l’augmentation de la concentration du dioxyde de carbone depuis le milieu du 20ème siècle ne suffit bien sûr pas à en déduire un lien de cause à effet. Il faut absolument avoir recours à des techniques plus sophistiquées (études DA), basées sur la confrontation entre les simulations de changement de température à grande échelle par des modèles climatiques et les observations correspondantes. Cela a été réalisé par le GIEC dès 1995 à l'aide de la méthode dite d'empreinte digitale : elle consiste à rechercher un signal de changement anthropique dans les observations, caractérisé par une répartition géographique, et éventuellement aussi une évolution temporelle, des changements que l’on déduit de simulations climatiques. Dans le cas de la détection, ce signal est testé statistiquement par rapport au bruit de la variabilité climatique interne, c’est-à-dire en l’absence de tout forçage externe au système (naturel comme la variabilité solaire et le volcanisme, ou anthropique avec les émissions de gaz à effet de serre et de sources d’aérosols). Dans le cas de l’attribution, l’objectif est de trouver quelle est la meilleure combinaison de l’ensemble des forçages, naturels et anthropiques, qui explique les observations et leur évolution récente. Ces études ont continué et progressé jusqu'aux conclusions du 4ème rapport du GIEC en 2007: l’essentiel de l’accroissement observé sur la température moyenne globale depuis le milieu du 20ème siècle, est très probablement (probabilité supérieure à 90%) dû à l’augmentation observée des concentrations des gaz à effet de serre d’origine humaine. Il s’agit là d’une évolution du discours de la communauté scientifique puisque dans le rapport précédent cette attribution n’était que probable, soit une probabilité seulement supérieure à 66%. Cette nouvelle affirmation qui laisse donc aujourd’hui peu de place au doute sur le rôle prépondérant de l’homme dans le changement climatique récent s'applique principalement aux échelles globales et continentales, Aux échelles spatiales plus petites, il est encore plus difficile pour un certain nombre de raisons de détecter l'empreinte du changement climatique. C'est cependant un sujet que nous avons abordé avec mon collègue Serge Planton de Météo-France depuis les années 2000 en nous intéressant au cas de la France. Nous avons pu ainsi montrer qu'il est possible de détecter le signal du changement climatique sur les températures d'été en France à partir des années 1980 et que ce signal s'est amplifié dans la décennie 1990.