s'abonnerAinsi que le fait judicieusement remarquer Françoise Gange, la connaissance des coulisses des grands mythes fondateurs « met en lumière le combat acharné que les héros du nouvel ordre patriarcal ont dû livrer à la très antique culture de la Grande Mère pour imposer leurs Dieux dans un panthéon jusque-là féminin ». Et dans le lot, se trouve bien évidemment le christianisme. Or, Rome s’est heurtée aux irréductibles… basques. Ce peuple fut l’un des derniers groupes européens à se convertir (vers le 12e siècle), sans doute du fait de l’influence insidieuse du pèlerinage à St Jacques de Compostelle dont 3 routes se rejoignaient à Ostabat. Cependant, cette évangélisation se révéla curieuse. Vernis superficiel, la foi chrétienne ne faisait que donner des couleurs catholiques aux vieux cultes animistes qui n’étaient pas décidés à mourir. Les femmes basques, surtout, en assuraient la transmission, sans vraiment se cacher d’ailleurs. Au fil du temps, la diabolisation judéo-chrétienne se mit à dévorer les antiques notions de création et de procréation, les stigmatisant en pratiques condamnables, en déviances sexuelles, en hérésies passibles du bûcher. Les rites de fertilité, perpétués en pays de Labourd* et de Xareta, se référaient au bouc noir. Les dévots fanatiques, les envieux et les jaloux opportunistes eurent tôt fait d’utiliser l’image satanique du démon cornu pour régler quelque compte personnel avec les femmes du cru. Les dénonciations se mirent alors à pleuvoir dans un paysage religieux où le diable était soudain partout, lové au fond des prunelles ou caché sous les jupons de ces basques païennes. Daniel Hulet, citant Maurice Bessy dans sa BD, ‘L’état morbide’: « La représentation des démons étant l’expression d’une incompatibilité entre un être et son temps, les dieux d’une époque deviennent les diables de la suivante. La chrétienté reconnut pour des raisons pratiques la puissance des dieux païens pour finir par la qualifier de démoniaque… ».