s'abonnerLexique basque de poche :
Pays de Xareta : quelques km2 au sud de Sare(et l’englobant), sur la bordure de la frontière franco-espagnole
Pays de Labourd : région autour de Bayonne autrefois appelée Lapurdi Herria
Akerbeltz : bouc noir
Couvade : très ancienne coutume basque encore en vigueur à la fin du 19e siècle, similaire à de nombreuses traditions à travers le monde
Lurra : terre, au sens de « terroir »
Sorgin/sorginak : sorcière, au singulier et au pluriel
La Terre est la déesse Mère de la mythologie basque, appelée Mari, Maya, Lezeko-Andre, Loana-Gorri, Dame d'Aralar, ou encore sorcière d'Anboto. Les grottes, cavernes et autres lieux souterrains sont les entrées de sa demeure chtonienne, mais aussi, plus largement, de son corps lui-même. Mari est la procréatrice absolue, première, celle qui engendra le monde. Les grottes, passages humides et sombres, représentent autant d’utérus minéraux. Il est donc légitime que les sorginak, ses filles ou ses servantes (ou les 2 à la fois), accomplissent les rites du ‘sabbat’ dans les grottes si nombreuses de ce pays de Xareta. Celles de Zugarramurdi étaient particulièrement redoutées durant ces siècles dévots où la superstition s’affublait de religion. Le nom donné à la rivière souterraine qui les traverse, « lnfernuko Errea » ou « ruisseau de l'enfer », est à lui seul une dénonciation à l’Inquisition. Diverses statues, dites de Venus, ont été retrouvées dans ces entrailles de pierre. Par exemple, la grotte paléolithique d’Otzelaïa (« le plateau des loups », en basque) abrite depuis des millénaires la statuette d’une femme dont la tête est cassée ; à ses pieds, un homme en posture d’imploration. Elle y porte le nom d’Amaïa, c'est-à-dire « l’éternité »…tout un programme ! La sorcellerie basque obéit et se nourrit de ces mythes fondateurs. Leur origine plonge dans un agrégat archaïque, entrelacs de cultes de fécondité, de connaissances spirituelles dévoyées et de croisements migratoires, plus ou moins bien assimilés. La sorcière y est simultanément vue comme personnification et confidente de Mari ou d’Amaïa. En tant que telle, son apparence offre un caractère zoomorphe. Ce qu’explique très bien J. de Gravelaine : « La Déesse Mère appartient au monde animal en même temps qu’à celui de la nature, puisqu’ils apparaissent comme tout à fait inséparables. La Déesse Mère des origines, qui subsiste en toute femme vivante, est une ‘bête’, c’est à dire une créature qui aborde la vie avec une grande puissance instinctive, consciente de ce que son corps peut abriter de force vitale et obéit à cette vitalité parce qu’elle lui fait confiance… ». Si l’écho lointain d’une époque matriarcale subsiste résolument dans toutes les cultures du monde, la société basque en a cultivé l’esprit et l’usage. Sa structure sociale est centrée sur le symbole de la Mère/Femme, dont Mari est la projection divinisée (ce qui explique à la fois le naturalisme et le communalisme basque). Une drôle de coutume, la couvade*, y traduit la tentative masculine de récupérer quelques miettes du pouvoir féminin… et de son prestige. Lorsque une femme accouche, le mari se couche, geint et se contorsionne. Les amis et voisins viennent alors gravement le complimenter de son heureuse délivrance…