s'abonnerR.K : L’alchimie est-elle encore pratiquée de nos jours ou bien est-ce une recherche qui appartient désormais à l’histoire des connaissances humaines et de la découverte de la structure du monde ? M.Mauve : Si l’on ne triture plus de la même façon les mêmes matières que nos grands prédécesseurs, l’alchimie est plus que jamais vivante. L’alchimie est un art du passé dans la mesure où les données fondamentales, l’axe même de tous les travaux, nous arrivent du fond du temps depuis des millénaires et des millénaires… Mais c’est un art qui demeure tourné vers le futur par le fait, que, disposant de connaissances, de techniques et de technologies nouvelles, il serait stupide que les adeptes contemporains ne les utilisent pas, sous prétexte de respecter des protocoles et des tours de main venus de nos maîtres et de nos prédécesseurs… R.K : Dès que le mot alchimie est prononcé, tout le monde pense immédiatement à la fabrication d’or qui serait issu de la transmutation des métaux dits vils. La légende de personnages comme Nicolas Flamel et son épouse, Dame Pernelle, a été pour beaucoup dans cette mythologie de « faiseurs d’or »… Est-ce vraiment le but de la recherche alchimique ? M.Mauve : L’or alchimique n’a jamais été, pour les vrais adeptes, qu’un élément de comparaison, de vérification, pour les processus expérimentés. À la grande de l’alchimie néoclassique et de l’héritage gréco-égyptien (sans parler de celui, plus ancien peut-être qui venait de Chine), on ne possédait pas les techniques permettant d’identifier une matière autre que l’or. La pierre de touche a été sans doute une des plus vieilles techniques d’identification de cette matière. R.K : Mais alors que cherchaient exactement les alchimistes ? M.Mauve : Le processus alchimique en lui-même dit trois choses. Premièrement et essentiellement- et je souligne essentiellement-, l’univers est une seule chose, un tout… un grand tout. C’est-à-dire que les composants ne sont diversifiés les uns des autres qu’en fonction de la conscience qui les observe et que toute substance et construite avec les mêmes briques que toutes les autres, et cela dans tout l’univers. La chimie, elle, ne s’occupe en fait que de substances déjà constituées et déjà différenciées… Disons que l’alchimiste combine ces dernières entre elles en un certain nombre de briques finies. L’alchimie dit : « Ces éléments, qu’on peut alors considérer, sont eux-mêmes constitués d’autres briques plus fines, toutes identiques les unes aux autres et que l’on peut combiner à leur tour. » Et là le physicien s’écrie : « Mais ce sont les particules élémentaires ! » On sait très bien que la « vision atomiste » est loin d’être le reflet de la vérité ! Elle sert à décrire, mais ça n’a rien à voir avec la réalité ultime dont pourraient parler aujourd’hui des physiciens comme David Bohm ou d’autres. Les avancées des diverses théories du chaos, que des chercheurs continuent de constituer du côté de Santa Fe, au Nouveau-Mexique, reflètent bien le fait qu’on est en train de découvrir une nouvelle physique. Ce qui est important, c’est que derrière cette nouvelle physique surgit une nouvelle interaction entre les connaissances humaines. R.K : L’alchimiste de l’Antiquité ou du Moyen @Âge travaillait donc aux mêmes recherches que l’alchimiste actuel ?... M.Mauve : Absolument. Un exemple très concret et singulier : il y a plus de trois cents ans, une gravure alchimique montrait un être unique, un hermaphrodite tenant dans sa main u nY qui rappelle singulièrement la forme même des chromosomes. Et je vous rappelle que les microscopes à fort grossissement n’existaient pas à cette époque !... Il est vrai qu’un accès à une connaissance d’un autre type est possible, mais vous comprendrez qu’il est exclu d’aborder, dans cet entretien, certains chapitres qui seraient immédiatement qualifiés d’élucubrations.