Suaire de Turin
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Vrai et faux suaires


On sait que la cathédrale de Turin abrite ce qu'il est convenu de nommer le Suaire, une pièce de tissu rectangulaire, d'approximativement 4,40 m de long pour 1, 1 m de large, sur lequel se distingue à l’œil nu une très vague silhouette humaine, qui une fois photographiée devient l'image d'un homme probablement supplicié, peut-être crucifié. Certains croient que ce linge a servi à envelopper le corps du Christ après sa mort. Ont-ils raison ? L'enjeu est d'importance, car si pour les uns Jésus est le fils de Dieu pour d'autres, au contraire, son existence même est sujette à caution, puisqu'on ne la connaît que par les Évangiles. Dans un tel contexte, l'étude objective des informations disponibles ne figure pas toujours au premier rang des préoccupations de ceux qui débattent. Et comme si la situation n'était pas assez compliquée, la hiérarchie catholique, soucieuse de garder ses distances avec l'extrémisme, se remémore à bon escient que prudence est mère de sûreté. C'est ainsi qu'on entend des prêtres catholiques qualifier le Suaire de "fausse relique" et des athées leur répondre que les choses sont bien plus compliquées.

La question de l'âge du linceul est, en tout état de cause, primordiale car si l'on prouve qu'il a été fabriqué il y a nettement moins de 2000 ans, la cause sera entendue. De ce point de vue, les choses semblaient –depuis plus de 100 ans - mal s'annoncer pour les partisans de l'authenticité. En effet, un travail historique très rigoureux, publié en 1900 par le chanoine Ulysse Chevalier, a démontré que le Suaire qui se trouve actuellement à Turin a été exposé pour la première fois en France à Lirey, dans l'Aube, en 1357.  Environ 1000 ans auparavant un autre drap avait déjà été présenté comme étant le linceul du Christ ; mais la trace de ce premier Suaire s'étant perdu, il n'est pas possible de savoir s'il ne faisait qu'un avec le nôtre. Ceci est de toute manière beaucoup moins important que la date de 1357 elle-même, qui situe la découverte du linceul à une époque où, en Europe, l'industrie de la fausse relique atteignait le même niveau de développement que celle de la contrefaçon des montres de luxe de nos jours. Comme l'a si bien remarqué un humoriste, il existait alors tant de morceaux de la "Vraie Croix" offerts à la vénération des fidèles, qu'en les rassemblant on devrait pouvoir les traverses de chemin de fer entre Paris et Marseille. A l'époque, tout le monde ne devait cependant pas être dupe, puisque la querelle de l'authenticité a commencé pratiquement, ou presque, avec le début des pèlerinages à Lirey.

Un pan entier des mystères de l'Histoire est-il en train de s'éffondrer ? Longtemps sujette à des débats virulents, la question de l’authenticité du fameux Suaire de Turin oscille selon les interlocuteurs entre fascination et mépris. Selon Yves Lignon, de nombreux éléments d’étude au sujet de l'histoire mystérieuse du Suaire de Turin, souvent ignorés du grand public à cause de la désinformation générale qui englobe ce sujet, assoient solidement l’hypothèse selon laquelle le Suaire de Turin aurait bel et bien servi à envelopper le corps du Christ après sa mort !