s'abonnerL’alchimie : quel féru d’histoire, quel passionné d’hermétisme, du novice à l’initié, ne sent-il son pouls s’emballer à l’annonce de ce simple mot ? De toute éternité, elle a ressemblé à un feu noir, sombre et brillant à la fois… C’est une vieille histoire, et c’est bien tout le problème ! De nos jours, les livres nous incitent à regarder l’alchimie de haut. Ils nous susurrent, d’un ton à la fois moqueur et détaché, qu’il n’y a là que fadaises, rêves de gloire de quelques vieillards un peu toqués, et que, heureusement pour notre salut, des hommes de science (vrais, ceux-là !) ont découvert la chimie en la débarrassant de son inutile préfixe. En d’autres termes, circulez, il n’y a rien à voir ! Mais la chimie a une sœur, plus âgée et moins docile ; et ce que les livres ne disent pas, c’est qu’il y a un siècle, elles partageaient le même appartement ! Abandonnons micros PC, montres Hi-Tech, et remontons le temps, à la fin du 19ème siècle. A l’époque, le petit monde de la chimie est en ébullition : Pierre et Marie Curie parviennent, en 1898, à isoler le radium extrait de la pechblende, prolongeant ainsi les travaux d’Henri Becquerel qui, 2 ans plus tôt, découvrait les possibilités radioactives des sels d’uranium. Bouleversant les standards d’alors, les Curie proclament que le radium peut être produit de l’uranium, par transmutation radioactive ! Un peu plus tôt, d’éminents scientifiques s’interrogeaient déjà sur les variétés isomériques des corps simples. En effet, comment expliquer que le carbone, corps simple allotropique, puisse à la fois constituer la pureté du diamant, et un vulgaire morceau de graphite ? « Serait-il permis d’admettre des corps simples isomères ? », se demandait Jean-Baptiste Dumas, homme de raison, de politique, et Secrétaire perpétuel à l’Académie des sciences jusqu’à sa mort en 1884. A cette question, il répondait par l’affirmative, en ça rejoint par le puissant « doyen des étudiants de France », Michel-Eugène Chevreul, et l’important chimiste, Marcellin Berthelot. Mais cette assertion entrouvrait les portes du laboratoire à une autre… celle de l’unité de la matière.