s'abonnerGrace souffre de migraines tenaces qu’elle ne parvient pas à soulager ; il lui faut cependant tenir et songer à tous ces détails qui pourraient mettre les enfants en danger. Ses gestes fébriles trahissent son extrême fatigue. Elle souffre de trous de mémoire et s’emporte pour un rien. Les enfants supportent leur mal avec patience. Solitaires et silencieux, leur vie s’écoule dans la routine quotidienne et les interminables leçons de catéchisme que leur mère, très pieuse, leur inculque. Le petit surtout se montre nerveux ; il n’aime pas être seul car il a peur de la mort : il pourrait aller en enfer ! Sa mère le rassure de son mieux, mais elle avoue ne pas savoir ce qui se passe dans l’au-delà.
Grace est perdue et erre dans cette grande demeure inhospitalière. Les enfants ressentent son trouble et leur mal s’apparente à la confusion de leur mère. Grace n’a pas d’horizon, même les fenêtres donnent sur un univers de ouate épaisse et froide. Ses souvenirs s’estompent, elle ne comprend pas la solitude qui l’étouffe. Et pourtant, elle ne peut se retenir de clore toutes les ouvertures afin de préserver une sécurité illusoire. La tâche est si ardue que sa tête en devient douloureuse. Seule la religion la maintient - sa religion.