s'abonnerCette représentation est celle de l’Eglise dès le Moyen Age, lorsqu’elle posséda une assise suffisamment confortée par son alliance avec le pouvoir temporel des souverains. Ainsi naquirent les paires religion et pouvoir, sphère immatérielle et sphère matérielle, abstraction et concrétisation. Le bras présenté comme divin sortait des nuées célestes pour s’étendre au monde des hommes. Tout sujet devait allégeance à son roi, tout fidèle prêtait allégeance à l’Eglise. Entre ces deux pôles omnipotents s’étendait le monde des hommes. En-deçà, au-delà, régnaient le néant et la mort. L’égaré devait se racheter par l’expiation de ses fautes. Cette vision féodale se poursuivit des siècles durant, imprégnant les esprits et traversant les époques malgré quelques tentatives de soulèvement et le schisme des religions réformées. Toute vie devait se régler sur ces deux axes jumeaux en raison du dogme du péché originel et des valeurs extrêmes du bien et du mal.
Un nom qui ne doit rien au hasard
Le personnage de Constantine illustre ce terrain de bataille. Son nom véhicule une autre dualité : celle de l’Orient et de l’Occident. Constantine évoque Constantinople, Byzance puis Istanbul, la ville frontière entre deux mondes. Bien que reprise en 1453 par les Turcs Ottomans, l’Occident cherchera toujours à y imprimer sa marque. John Constantine, touché par la malédiction d’être capable de contempler la face cachée des choses, comme par le péché originel né de l’absorption du fruit défendu de la connaissance, est capable de passer d’un monde à l’autre. Sa maison offre le spectacle d’une ruine et d’un palais antique, mêlant le dénuement à l’ornementation débridée. Tout comme le Bosphore qui traverse Constantinople, Constantine amasse des bouteilles d’eau qu’il utilise pour obtenir ses visions et plonger d’un monde à l’autre.