L'une des plus grandes énigmes
lire un chapitre

Des conséquences visibles à plus de 1500 km


Aussitôt, la région est la proie d’un monstrueux incendie et des débris incandescents montent à 20 km d’altitude. Des couchers de soleil de couleurs inhabituelles sont signalées ce jour-là dans de nombreux pays incluant l’Europe de l’Ouest, la Scandinavie et la Russie. On a estimé à posteriori que plusieurs milliers de tonnes de poussières furent ainsi soulevées dans l’atmosphère, créant un énorme nuage qui, quinze jours plus tard, viendra assombrir le ciel de la Californie… Récemment, un savant russe, Vladimir Shaidurov, de l’Académie des Sciences de Russie, n’hésitait même pas à imputer à l’événement le réchauffement climatique actuel : selon lui, « l’explosion causa une agitation considérable des hautes couches de l’atmosphère et changea sa structure ». Ainsi, la destruction des nuages de la haute atmosphère aurait correspondu au début du réchauffement. Sur le coup, le nuage en forme de champignon, reflétant les rayons du soleil, fit dire aux habitants des régions lointaines encore dans la nuit que le ciel s’était « embrasé ». La Gazette astronomique d’Anvers rapporta : « à ce moment, l’horizon, depuis le nord-ouest jusqu’au nord-est, semblait être en feu. La lumière était parfaitement fixe, sans jets ni pulsations ». À Londres, à Paris, « on put lire un texte imprimé ou consulter sa montre » en pleine nuit (rapport contemporain dans la revue « Nature » reproduit dans « The Times » de Londres). À Moscou, un photographe réalisa des clichés sans magnésium dans l’obscurité : ceux-ci, parfaitement clairs, constituent les seuls documents d’époque. On pensa, tout d’abord, qu’un volcan s’était réveillé quelque part sur la Terre. Car cela rappelait aussi les symptômes rapportés lors de l’éruption du Krakatoa en 1883. Quant à l’onde sonore, elle fut perçue à plus de 1500 kilomètres du lieu de la catastrophe. Au bord du lac Erz, à 230 km, ce fut « un grondement à la fois sourd et très violent » ; à Kansk, à 800 km, « comme un coup de canon ». Des baromètres sensibles en Angleterre détectèrent l’onde de choc atmosphérique. La secousse qui ébranla le sol fit deux fois le tour de la Terre si bien que cela conforta le pronostic qu’il s’agissait d’un phénomène sismique. Il y eut un raz-de-marée sur les nombreux lacs et rivières des environs. Y eut-il des victimes humaines ? Longtemps, la légende prétendit que non, accréditant un véritable miracle. Mais peu d’information filtrait depuis la Russie pré-soviétique à cette époque. On parle aujourd’hui de quelques tentes avec leurs occupants nomades Evenki « incinérés ». En vérité, il dut bien y en avoir des blessés et peut-être des morts… En effet, le souffle de l’explosion balaya toute la contrée et son haleine brûlante fut ressentie fort loin. À Vanovara, l’effet thermique fut ressenti à travers plusieurs épaisseurs de vêtements au point de les roussir et causer des brûlures sur la peau sous-jacente. À 40 km de l’impact, des hommes furent « projetés en l’air » et « transportés » sur plusieurs centaines de mètres. À 200 km, des chevaux attelés à une charrue « tombèrent à genoux ». Selon les experts, ce sont 10 à 20 mégatonnes (millions) de T.N.T. qu’il aurait fallu pour produire un tel effet, plus parlant encore, plusieurs centaines à un millier de bombes atomiques équivalentes à celles d’Hiroshima et Nagasaki… À 1000 km du point de l’épicentre de l’explosion, l’observatoire d’Irkoutsk enregistra un séisme de magnitude 4,5 à 5 et rapporta d’inhabituelles perturbations dans le champ magnétique terrestre et des tempêtes magnétiques analogues à celles produites lors des tests nucléaires dans l’atmosphère. La station sismique de Saint-Pétersbourg (Petrograd, à l’époque) enregistra aussi des secousses consécutives à l’explosion.

Le 30 juin 1908, vers 7 h 15 du matin, quelques paysans, bûcherons et chasseurs de la région du lac Baïkal et de la vallée de la rivière Kimchu, en Sibérie Centrale, observent avec stupeur un nouveau soleil filant à l’horizon. Quelques secondes plus tard, éclate un fantastique flash aveuglant, suivi d’une effroyable déflagration dont l’écho résonne encore aujourd’hui… Un siècle plus tard, on s’interroge toujours pour savoir ce qui s’est réellement passé, ce matin-là…