s'abonnerMais en 1976, les irradiations reprennent à pleine puissance et la nouvelle fait les gros titres dans la presse américaine, malgré le mutisme des autorités. Questionnés, les responsables militaires font des déclarations rassurantes, aucun effet sur la santé ne serait à craindre. Tout de même, en plein hiver, on démonte les cloisons extérieures de l’immeuble pour y insérer des feuilles d’aluminium. Et puis un journal révèle au début de 1977 que l’ambassadeur américain à Moscou, Walter J. Stoessel est atteint d’une leucémie. Officiellement c’est démenti, mais on admet que le diplomate souffre de nausées et de saignement des yeux. Un journaliste d’Associated Press, Barton Reppert, se met sur l’affaire. Il va bientôt récolter des informations en rafales. En quelques mois, les langues se délient et les secrets militaires ou diplomatiques s’éventent. Ce qu’on apprend est franchement inquiétant. Que s’est-il passé depuis le début présumé des irradiations en 1962 ? Deux ambassadeurs précédents ont envoyé à qui de droit des notes de protestation, mais n’ont rien dit au personnel. Ils sont morts tous les deux du cancer. Un employé a porté plainte après le décès de sa femme, d’un cancer, en 1968. Il a reçu 10 000 dollars suite à un arrangement à l’amiable. La section moscovite de l’American Foreign Service Association, une sorte de syndicat du personnel diplomatique, se mobilise et relève un nombre anormal de fausses couches, et envoie des télégrammes pressants au secrétaire d’Etat Henry Kissinger pour réclamer une enquête d’experts indépendants. L’association met en doute l’impartialité des médecins et spécialistes envoyés sur place, dont les briefings sont toujours rassurants. Le gouvernement s’engage alors à examiner médicalement les milliers de personnes qui ont séjourné à l’Ambassade pendant cette période. Des tests génétiques à partir de frottis buccaux sont pratiqués en 1967 et 1968 sur les employés de l’Ambassade, mais ils n’en connaissent pas la finalité (on leur dit qu’on recherche une bactérie). Les résultats, qualifiés eux aussi de non concluants, montrent pourtant des ruptures de chromosomes