Les secrets de la Guerre Froide
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Pandora : l’enquête secrète


En 1966, sous l’égide du DARPA, le département des recherches avancées du Ministère de la Défense, on institue secrètement le projet Pandora pour étudier les effets biologiques des micro-ondes moscovites et leurs applications militaires possibles. Les résultats resteront secrets pendant 10 ans. Voici ce que l’on sait aujourd’hui sur ces recherches. Un laboratoire à Washington, le Walter Reed Army Institute of Research, irradie pendant 3 ans des singes rhésus à des puissances et des fréquences comparables à celles mesurées dans l’Ambassade. Les résultats sont officiellement qualifiés de non-concluants. Mais l’homme qui dirigeait le projet Pandora, Richard Cesaro, avouera en 1976 qu’on a obtenu chez les singes des « comportements aberrants », et que le projet a été terminé trop tôt. Joseph Sharp, qui dirige la psychologie expérimentale à Walter Reed, déclare que les conditions draconiennes du secret empêchaient de travailler correctement et de discuter les expériences avec des collègues. Des documents et des comptes-rendus de réunions déclassifiés en 1977 montrent qu’on envisageait notamment l’existence d’un effet non-thermique (athermal), connu des Russes, et qui provoquerait des modifications comportementales, physiologiques et génétiques. Mais en 1969, les responsables ont brusquement changé d’avis et déclaré que les résultats de Joseph Sharp étaient sans doute erronés, sans qu’on explique en quoi. La réunion finale du projet Pandora en janvier 1970 ressemble à un enterrement express. Le rapport est très court et conclu que, tout compte fait, il n’existe aucun lien apparent entre ce type d’irradiation aux micro-ondes et les problèmes de santé. Et pourtant, au sommet américano-russe de Glassboro en juin 1967, Lyndon Johnson a demandé officiellement à Alekseï Kossyguine de faire cesser l’irradiation. Mais pour les Russes, depuis le début de l’affaire, il n’y a rien à répondre : tout cela n’est que fausse rumeur née de l’imagination paranoïaque des services secrets américains, ou bien désinformation calomnieuse. Cela dit, le niveau des micro-ondes baisse pendant quelques années.

C’est un contrôle de routine, en 1962, qui révèle des phénomènes extrêmement curieux à l’Ambassade américaine de Moscou. Des techniciens à la recherche de micros cachés découvrent que des micro-ondes de faibles intensité sont émises depuis l’immeuble d’en face et rayonnent en permanence sur une grande partie des locaux et des appartements privés, à des puissances qui diffèrent selon les endroits. Au début, on pense qu’elles font partie des techniques d’écoute ou de brouillage, mais on trouve des fréquences multiples (entre 0,6 et 9,9 gigahertz) et des fluctuations régulières (la modulation change tous les 2 jours) qui ne cadrent avec rien de connu. Plusieurs agences, dont la CIA commencent à enquêter sur « le signal de Moscou ».