L'horreur à notre porte...
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Voyage au bout de l’enfer


On remarque immédiatement plusieurs dualités dans les couleurs et la structure du tableau. Un écran blanc coupe verticalement la scène, qui s’oriente vers la gauche. Les personnages, à l’exception des morts dont le bébé, sont tournés de ce côté gauche ou senestre, c’est-à-dire étymologiquement « sinistre », appartenant à la mort. L’axe horizontal du premier plan est surchargé de corps et de membres épars. Deux lumières se tiennent dans le haut : une forme d’œil dont la pupille est une ampoule électrique, un flambeau tenu par une main dont il n’est pas sûr qu’elle appartienne au visage principal au corps flou. Pourquoi deux lumières ? Elles s’avèrent toutefois incapables d’éclairer cette obscurité. A droite, une femme crie son désespoir, les mains levées vers le ciel noir troué d’une lucarne blanche figurant une geôle. La mère au bébé mort de gauche, la femme emprisonnée de droite : telles sont les limites de l’œuvre. Le grand mort horizontal tient encore une lance dans sa main droite. Elle se dit « pica » en espagnol, et signe implicitement le tableau. Le taureau surplombe le côté gauche. La tradition l’associe à l’Espagne. Il représente aussi bien la puissance que le sacrifice lors des corridas. Le peintre fut d’ailleurs choqué après avoir assisté à l’une d’entre elles durant son enfance. L’animal incarne encore la force virile, l’aspect mâle et combattant. Le dessin épuré déplace son œil et son expression traduit souffrance et désarroi. Incarnant jadis le terrible Minotaure qui arpentait en maître son labyrinthe à la recherche de victimes, il semble maintenant perdu dans ce chaos qui lui échappe. Sa vue double et ses couleurs opposées blanches et noires reflètent son égarement. Qu’est devenue la fière bête de combat ? Tournée vers l’extérieur de la peinture, elle semble interroger et appeler un hypothétique secours venu d’un lointain ailleurs, à jamais étranger à la scène. La femme l’implore en vain, lui qui ne peut la protéger. La fécondité et la promesse de la vie ont fui à jamais. Les yeux de la mère sont devenus des larmes, et sa bouche grande ouverte laisse pointer sa langue épée. Elle n’est qu’un cri de douleur vengeresse. Son enfant mort est le seul être dont la bouche soit hermétiquement close, et dont les mains fermées ne peuvent plus rayonner le merveilleux secret de la Vie.

Guerres, tueries de toutes sortes, chute des civilisations : voici une peinture terrible de notre époque. De fausses lumières égarent les hommes… mais au milieu d’eux, l’espoir s’incarne sous une forme humaine, qui est le Chemin et la Vie. Picasso et Chagall nous présentent ce message initiatique à travers deux toiles réputées hermétiques. De multiples interprétations ont été proposées… qui témoignent du désarroi des chercheurs face à tant de mystères. Apocalypse signifie Révélation ; l’heure est enfin venue de lever le dernier Sceau du Secret avec Patricia Chirot.